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C'est mon antre et mon havre de paix où j'expose librement les sentiments qui m'animent et mes vagues de créativité.


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Bonne lecture !

14 oct. 2013

Nos errances ...



Note : Il s'agit d'un récit de fiction.




     Je remonte le col de mon espèce de cape noire et rouge, ébouriffe mes cheveux châtains en bataille et enfile mes Doc Marteens usées sans me presser davantage. Je sais qu'il ne se réveillera pas avant mon départ : sa respiration profonde empeste l'alcool, une traînée de cocaïne décore ses narines étroites. Il ? Je n'en sais rien. Un Homme, un animal, une bête déchaînée rencontrée dans les méandres d'une soirée débauchée. Je n'ai pas envie de savoir en fait. Je me fiche éperdument de son prénom, de ses sentiments. Tout ce que je voulais de lui, je l'ai eu. La porte de son appartement miteux se ferme en silence alors que je disparais de son existence – éternellement.

     Dans la cité des démons, les rayons du jour essayent de percer entre les épais nuages d'une nuit dans le brouillard. Comme en décembre, lorsque la neige endort ces rues crasseuses et qu'il ne fait jamais réellement jour … Les oiseaux, je ne les entends pas. Il n'y a au loin que le bruit sinistre des industries de mécanique, claquements sourds et grincements stridents dans les usines. L'air empeste la luxure, la gourmandise, l'envie. Cette odeur envahit mes narines, elle me dégoûte. Je tousse. Je crache. Je vomis.

     J'allume une cigarette alors que j'erre sans but dans ces rues désertes. Je recrache la fumée d'un air absent, je ne regarde pas où je vais. J'essaie de penser et c'est comme si mes songes n'existaient plus. Il ne me reste plus rien. Je n'arrive plus à connecter entre elles ces choses qui causent ma perte. Il y a longtemps que cette existence ne fait plus sens à mes yeux. Je tire une latte, je souffle la fumée. Je suis une coquille vide. C'est tout.

     Je jette ma cigarette dans une bouche d'égout au passage. J'en rallume une autre. C'était la seule qu'il me restait encore. Quelle connerie ! Je redresse la tête et regarde devant moi : il n'y a rien qu'une rue déserte, des voitures aux carrosseries rouillées, des portes et des volets aux peintures ternes et écaillées. Rien n'est ouvert. Je soupire. Je vais rendre l'âme sans nicotine. J'enchaîne ces rues abjectes en cherchant mon salut. Y a-t-il un havre de paix dans ce monde ?

     Au détour d'un nouveau carrefour que je joue à pile ou face, il y a un minuscule coin de verdure : une pelouse inexistante, deux arbres mal en point, des buissons sauvages, une monture en métal dégueulasse – jadis un banc. Je m'y rends sans foi, ni conviction. De préférence en traînant des pieds contre le chemin en gravillons gris comme la pierre. J'aime le raclement discret de mes semelles contre le sol, ce frottement de solitude me colle des frissons. Il me fait me sentir en possession de mes moyens alors que tout s'écroule. Lorsque j'arrive à ma destination, je soupire. En fait, cet espace n'a rien à envier aux autres : commun, ordinaire, ennuyant.

     Un parfum d'angoisse embaume doucement l'air échauffé autour de moi. Je l'aurais senti entre mille. Il y a une autre âme esseulée ici, dans les parages. Aussi indifférente et détachée de cette existence que je le suis. Je l'aperçois au loin, frêle femme-enfant assise contre les barres de métal. Mes yeux curieux s'accrochent à elle. Ils ne la quittent plus. Elle regarde ailleurs, au loin, comme si elle était autre part ou dans un autre monde, peut-être. A-t-elle aussi été la victime de ces nuits décadentes ? En attestent ses Converses déchirées. Ses résilles trouées. Ses manches élimées. Ses couleurs délavées. Elle transpire la peur de ces escapades nocturnes terrifiantes. Celle qui vient envahir des pensées embrumées dans une instance de lendemains difficiles. Celle qui vient écraser des espoirs vains dans une instance de lendemains meilleurs.

     Sa chevelure colorée, rouge rosée, retombe sur ses épaules dénudées. Elle y passe la main. Elle m'aperçoit et tourne la tête dans ma direction. Je n'ose pas sourire. Elle ne sourit pas non plus. Ses yeux clairs me fixent avec une intensité monstrueuse. J'avance vers elle, machinalement, jusqu'à me trouver dans son champ de vision. Elle détourne ses yeux, avant que j'y vois ses larmes. Mais rien ne m'échappe. Je connais ce sentiment. Cette fatalité. Elle est un miroir de mon passé.

     Mes bras viennent trouver ses épaules. Ils l'encerclent dans une étreinte neutre. Elle pleure. Je reste comme je suis, plantée devant elle, en tenant son corps contre le mien. Ses bras s'agrippent à ma taille. Je sens ses larmes contre ma peau. J'en frissonne. Mes lèvres sèches viennent se nicher dans ses cheveux. Elle sent le tabac, la vanille, la menthe. J'aime cette odeur étrange. Je dépose un baiser sur le haut de son front. Réflexe. Réconfort. Elle se redresse et me regarde en fronçant les sourcils. Je hausse un des miens. Ma grimace lui tire un sourire. Elle ferme les yeux et revient caler sa joue contre mon épaule. En silence.

     Nous restons ainsi un temps. Une éternité. Je revis au travers des battements distincts de son coeur ces choses que j'avais voulu oublier dans l'alcool, la drogue, le sexe. Tout me revient. Les pensées m'étouffent. Les souvenirs me poignardent. Les cicatrices me brûlent. Une larme s'échappe malgré elle et roule contre ma joue creusée. Elle tombe. S'écrase contre la tempe de l'inconnue. Elle se redresse, me regarde. Je détourne les yeux, mais elle saisit mon menton entre ses doigts et elle me force à lui faire face. Que voit-elle en moi ? Elle, le miroir de mon passé, n'est en moi qu'un reflet d'elle-même dans le futur … La projection d'une âme perdue, égarée. Elle est ce que j'ai été. Ce que je suis encore, dans les profondeurs de mon être. Je ne m'en suis pas sortie. Elle ne s'en sortira pas. Nous savons que nous sommes vouées aux errances de l'âme, de l'esprit, du corps.

     Au loin, une effusion stridente nous rappelle à cette existence que nous fuyons. Carnaval. Fête de nos démons. Un sourire se dessine dans ses yeux et elle laisse sa main glisser contre ma joue avant d'attraper dans son étreinte mes doigts engourdis. Je rends son étreinte, hésitante. Une lueur de malice traverse son expression. Elle sourit encore. Elle m'entraîne dans sa course folle, entre les manifestants et entre les forces de l'ordre. Nous courrons longtemps. Dans les rues. Entre les voitures. Entre les arbres. Entre les gens. Dans les champs. Ailleurs et nulle part en même temps.

     Nous courrons longtemps … Avant de tomber contre le confort d'un matelas de couvertures et de coussins. Perdues dans la découverte de nos corps meurtris. Perdues dans l'exploration de nos âmes assassinées. Nous respirons au même rythme, emprisonnées dans cette spirale infernale des sens. Incapables d'attendre encore. Ses mains ont la douceur du velours sur ma peau, mais ses yeux me transpercent dans la contemplation de mon être. C'est comme si elle voyait au travers de moi, droit dans mon esprit et mes pensées. Je lis dans ses yeux ce que j'ai toujours attendu de ressentir en moi : la satisfaction. Satisfaction de vivre. Satisfaction de ressentir et satisfaction de faire ressentir … C'est un bonheur de sentir ces vagues de chaleur qui font battre mon coeur et qui font tourbillonner mes pensées.

     C'est intense. Explosif, comme une bombe à retardement. Je prie que ça ne s'arrête jamais. Jamais ! Même s'il nous faut nous autodétruire dans un monde qui ne nous correspondra peut-être pas. Nous détruire mutuellement. Parce que je sais nous ne saurons jamais nous sauver l'une et l'autre de ce funeste destin auquel nous nous sommes condamnées. Sera-t-elle la libération de mon passé ? Serais-je le sacrifice de son futur ? L'une de nous y perdra ce qu'elle est, ce qu'elle a de plus cher … Sa fierté, son honneur et son intégrité. C'est un jeu d'escalade, sans filet. Tombera celle qui ne s'accrochera pas suffisamment à l'autre, à ses espoirs. Tombera celle qui ne se nourrira pas du fruit majestueux de cette relation. Mais je sais qu'elle n'aura pas les épaules pour me rattraper si je lâche ma prise. Moi non plus. Je ne les ai jamais eu, sauf en supportant les fardeaux de l'univers que je m'imposais lorsque je croyais être maîtresse de mes actes. Une connerie. Il faut se sauver soi-même avant d'essayer de sauver les autres, mais ma survie m'importe si peu …

     Je serais son sacrifice pour qu'elle vive. Le choix, cette fois, est le mien. Mais dans les vapeurs de cette nuit artificielle, rien n'importe plus. Il n'y a que la décadence de nos actes. Nos gorgées alcoolisées. Nos souffles nicotinisés. Et cette poudre, fine et blanche, qui virevolte autour de nous. Nous rions comme si rien ne pouvait plus nous atteindre. L'espace de cet instant, nous sommes invincibles. L'espace de cet instant, nous sommes heureuses. Mais nos errances prendront-elles fin, un jour ?



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