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Bonne lecture !

24 juil. 2013

Nos ambitions ...




M'enfoutistes, illusionnistes, ...


La jeunesse actuelle est celle qu'on décrit comme insouciante, celle qui n'a rien d'autre en tête qu'un fameux "Qui vivra, verra" et autres variantes épicuriennes qui sollicitent l'immédiat, le présent, le concret. Insouciante ? La vérité, en fait, c'est qu'elle est TOUT - sauf ça ... 
Toutefois, lorsqu'elle ne peut être autrement qu'insouciante, peut-on réellement empêcher cette jeunesse de vivre dans les frasques et l'ivresse - dans l'oubli, sans doute, de tout ce qu'elle a dans la tête et dans le coeur ?





J'en parlais encore avec une amie, récemment. 
Nous sommes jeunes, nous sommes dynamiques, nous voulons travailler et, pourtant, nous n'en avons pas la chance. La crise, la crise, toujours la crise. Une réalité incomprise des gouvernements, une situation incomprises des parents et grands-parents. Comprenez enfin, chers aïeux, que la situation actuelle est différente qu'en ces beaux jours des "Tu sais, moi, à ton âge ..." où travailler c'était génialissime, c'était chouette, c'était une évidence. Vous nous dites sans cesse de penser aux jours suivants, à cette fameuse chose exceptionnelle qu'est censée être l'avenir que vous nous avez construit avec vos guerres et vos combats ... Comme si nous n'y pensions pas.

Brandissant avec une fierté non-dissimulée nos notes excellentes, possesseurs de BAC +3 dans l'attente d'un BAC +5 massif, d'un nouveau concours en poche et d'un autre diplôme parmi les diplômes, nous crions "Victoire !" face à cette route tortueuse où se dessinent des années d'études, de stages, de dossiers, de rapports, ... Nous crions "Victoire !" car dans notre fort intérieur de jeunots et jeunettes, nous sommes fiers de notre parcours et nous avons des rêves et des ambitions plein la tête, plein les yeux et plein le coeur ... Nous rêvons de révolutionner cet univers, de marquer dans l'Histoire un nom - le nôtre - d'un exploit nouveau. Nous savons ce que nous voulons et nous sommes prêts à tout, afin d'arriver exactement à faire ce que nous souhaitons faire. Et nous faisons tout ...


Pour arriver au moment où les espoirs se brisent. La société est cruelle. A l'un, on dira qu'il lui manque des qualifications. A l'autre, on dira qu'il lui manque des expériences. Nous voulons ce poste de DRH, nous voulons ce poste d'agent de contrôle, nous voulons ce poste d'enseignant, ... mais la société ne nous le donne pas ! Nous n'avons pas la qualification requise. Puis lorsque nous l'avons enfin, nous n'avons pas l'expérience requise. Puis lorsque nous l'avons enfin, nous n'avons plus l'âge de faire ça. Cercle vicieux. Des années de lutte acharnée dans l'espoir de faire ce que nous voulons, qui se terminent avec le même soupir compatissant d'un conseiller de Pôle Emploi qui ne comprendra jamais où est le mal dans cette affaire. 


On se décourage. On vise moins haut, moins beau, moins fort. S'il faut gravir des échelons de l'intérieur et suer encore, c'est ce qu'on fera. On a la nécessité d'un travail, même s'il n'est pas celui qu'on souhaitait, à cause d'une société de consommation où toute l'existence de l'Homme passe au travers de l'argent. Et nous finissons dans une grande enseigne, à l'abri derrière une caisse mais face à des clients incivils - par exemple. Nous avons un maigre salaire, qui s'envole aussi vite qu'il entre dans nos porte-monnaies. Des euros à gauche et des euros à droite, mais non Madame Farinette, je ne suis pas fâchée de payer deux euros mon demi-kilo de pain de campagne - ma seule gâterie ce mois-ci à cause de mon salaire de m*rde en tant que caissière incomprise et maltraitée d'une grande enseigne prenant ses clients pour des c*ns et ses esclaves encore plus. Non Monsieur de Tripes, je ne suis pas devenue végétarienne parce que je fais attention à ma santé et que c'est chouette de ne manger que cette bouillie infâme de légumes en conserves alors que je rêve d'un steak saignant avec des frites nuit après nuit dans mes cauchemars de petite capitaliste sans vergogne tout en bas du système. Non fonctionnaires et Hommes de loi, je ne m'indigne pas de vos salaires mirobolants alors qu'en bas de chez moi, un SDF crie famine lorsqu'il me voit rentrer des courses en traînant dans mon dos un sachet de denrées qui m'aura coûté un bras, un rein ou même encore la peau des fesses et qu'il ne me reste même pas un petit centime à lui donner ...


La jeunesse n'est plus celle qu'elle était encore avant les années 2000. Maintenant, c'est Carpe Diem. L'avenir est un songe, nous avons le temps de voir arriver ces choses qui - hélas - arrivent à grande vitesse : les factures, les dettes, les redevances, les taxes, ... Ces choses monétaires qu'on planifie. Ces choses désagréables qu'on attendait, mais sans qu'on ne soit réellement prêts à les accueillir à bras ouverts. Vous, parents et grands-parents, nous traitez d'insouciants parce qu'au contraire de vous, nous n'allons pas de prévisions en prévisions en attendant la prochaine grosse facture qui viendra sucer du gland à la garde nos maigres économies. Vous nous traitez d'insouciants parce que nous avons compris qu'en vivant comme vous à notre âge, nous n'aurions aucune satisfaction. Nous n'aurions aucun réel moyen de profiter de notre jeunesse comme vous auriez pu, pour ceux d'entre vous qui ont eu le courage d'oser ... avant de retomber dans l'existence aux moeurs restreints de vos aïeux.


Alors oui, dans ce sens, la jeunesse - notre jeunesse - est insouciante. Elle investit ses finances dans les loisirs et les plaisirs superficiels : les sorties, les cigarettes, l'alcool, la drogue, les tatouages, ... Ces choses qui n'entrent pas dans l'usage traditionnel de notre société conservatrice de valeurs dépassées. Ces choses qu'on lui reproche constamment, qui sont traitées comme des causes d'un mal-être ancré dans les méandres de l'existence, des causes alors qu'elles ne sont au final qu'une conséquence. Mais ce n'est pas parce qu'elle est insouciante, cette jeunesse, qu'elle est inconsciente. Peut-être même est-elle encore plus consciente que vous, mes aïeux, ou que vous, mes dirigeants ? La jeunesse sait qu'elle est dans le pétrin, dans la m*rde jusqu'au cou. Et alors qu'avec ses frêles brebis galeuses elle ne peut se permettre de renverser ce gouvernement comme en mai 68, elle suit un mouvement perpétuel dans un cercle vicieux qui n'aura peut-être jamais de fin ...





"Qu'est-il advenu de nos ambitions, dis-moi ?"
"Je ne sais pas. Mais pour ma part, elles ont disparu ..."
"Mortes et enterrées, hein ?"
"J'aimerais qu'elles réapparaissent ..."


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